L'Exposition "Cable Mountains" a eu lieu du 8 janvier au 14
mars 2009. Les tirages disponibles en deux formats 60x60 cm et
125x125 cm sont disponibles à la galerie Chambre avec Vues, 3
rue Jules Vallès 75011 PARIS
http://www.Chambre avec Vue.com
CABLE MOUNTAINS
Tout a démarré par une étrange silhouette métallique dans un
paysage de montagne. Sur une de ses images, zir avait capturé
cette structure, mobilier a priori disgracieux des montagnes,
symbole du tourisme dans les paysages alpins. L’idée fit son
chemin doucement. C’est au cœur de cette cohabitation étrange
entre nature sauvage et infrastructure des sports d’hiver que le
photographe a su reconnaître une véritable poésie visuelle.
Cette série s’est construite au gré de visites régulières
pendant 3 hivers, dans les jours blancs, les ambiances
brumeuses, dans les nuits de pleine lune, sous les flocons, dans
les brillances des cristaux… Le regard a enrobé ces sculptures
fonctionnelles, voyagé entre les câbles, détaillé les rouages,
escaladé les pylônes. La météo changeante a fourni des lumières
dignes de conférer à chaque mot de ce langage métallique une
consonance poétique.
Au fil des photographies, on accompagne chaque expédition du
photographe dans ces contrées hivernales. Pas à pas, nos pieds
se placent dans les empreintes qu’un guide a laissées dans la
couche de neige, pour lever les yeux sur ce que notre regard
voudrait d’abord éviter : cette organisation humaine incongrue
au sein d’un paysage que nous souhaitions intact. Zir nous
propose d’appréhender cette matière dans le dialogue esthétique
qu’elle entretient avec les éléments naturels. La lumière
caresse les frêles silhouettes de fer, qui prennent des allures
de machines maladroites, d’insectes techniques s’agrippant au
manteau blanc. Quelquefois, leur graphisme délicat des
installations strie la brume de fils et d’éléments en suspension
qui semblent flotter loin de toute matérialité. Dans d’autres
photographies, le métal se concentre pour s’organiser en
tissages absurdes, fermement cramponnés au flanc des montagnes.
Le regard voyage, passe d’ambiances diurnes cotonneuses, où les
formes évoquent parfois celles des lignes ferroviaires, des
constructions des fêtes foraines, aux scènes nocturnes qui
rendent au décor sa puissance menaçante, avec une présence
humaine lointaine, un village lumineux comme un mirage.
Zir laisse au spectateur le soin de juger, d’élaborer son propre
discours idéologique sur l’existence des remontées mécaniques, de
définir la symbolique des structures qu’il photographie. Là n’est
pas son propos. Il nous donne à voir un cheminement personnel
dans un décor dont il saisit une facette inédite.
C’est soudain l’agencement graphique des éléments qui capte
notre attention. Le vocabulaire ainsi isolé permet de réécrire
le panorama dans des phrases nouvelles. La lourdeur peut alors
se faire légèreté, le volume se traduire en dessin, le
fonctionnel se muter en esthétique. La prise de vue est ici une
quête solitaire, dans un silence feutré d’où naîtra une curieuse
mélodie.
Au bout du voyage, on a le sentiment d’avoir assisté à une
conversation secrète entre deux interlocuteurs contradictoires,
éclairée par une lumière presque surnaturelle. Entre l’humain et
le paysage, le dialogue a emprunté une langue métallique.
Toutefois, de cela, on conserve une émotion proprement musicale.
Séverine Pache
Conservatrice adjointe du musée Suisse de l’appareil photo,
Vevey.